2009 – La vie rêvée de Tracy Chapman

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Par François Barras / Locarno, 24 heures, July 25, 2009

RENCONTRE | Bricoleuse de petits morceaux d’idéal folk, la chanteuse revient ce soir sur l’Asse.

[singlepic=1210,468,312,left] © DR | «En Europe, j’ai l’impression que les gens font un effort redoublé pour comprendre mes paroles, et les comprennent mieux qu’aux Etats-Unis où l’écoute est moins intense. Je peux me tromper, mais je préfère le croire !»

Un protocole de chef d’Etat! Parvenir jusqu’à Tracy Chapman, c’est franchir une garde rapprochée peu nombreuse mais zélée, montrer patte blanche, envoyer ses références… L’Américaine ne se la joue pas diva, pourtant. Mais avoir connu l’une des plus prodigieuses ascensions de l’histoire pop prédispose à la méfiance. En 1987, la native de l’Ohio grattouille encore ses accords folk dans les cafés de son campus universitaire; l’année suivante, elle devient une icône mondiale de la lutte contre l’apartheid en jouant, seule sur l’immense scène de Wembley, pour les 70?ans de Nelson Mandela emprisonné. Et remet au goût du jour le songwriting folk, rien que ça.

Depuis, Mandela a été président de l’Afrique du Sud, le mur de Berlin a chuté et un Afro-Américain a été élu à la tête de la plus grande puissance mondiale. Tracy Chapman, à l’honneur ce soir de Paléo, continue de chanter. De «parler de révolution», comme le proposait son tube Talking ‘bout a Revolution. Laquelle ? Le cadre théorique demeure flou mais la voix de Chapman compta parmi les actes de résistance implicites contre Bush père, puis fils. Barack Obama lui doit un peu… «Le soir où il a été élu, je suis restée sans voix. J’avais de la peine à saisir la réalité de l’événement, après toutes ces années à se battre pour vaincre la méfiance et les préjugés. Mais je n’y ai pas trouvé motif de fanfaronnade, de hurlement de victoire ou que sais-je. Tout n’est pas rose non plus, certaines mesures prennent trop de temps. La fermeture des prisons antiterroristes, par exemple.»

Tracy Chapman se raconte à quelques pas de la Piazza Grande de Locarno, où l’on met la dernière main à son concert du soir. Aux déchaînements passionnels a succédé un tempo apaisé fait de tournées et d’albums appliqués – installée à San Francisco, elle réalise un disque chaque trois ans environ, recueils d’airs largement acoustiques sans autre prétention que de s’inscrire dans une tradition centenaire. La folk à l’heure des iPod… L’émule de Bob Dylan et de Woody Guthrie sort le sien, où défilent ses voix fétiches, surtout féminines. Aretha Franklin, Nina Simone, Billie Holiday, récemment Feist et Peaches. Chez les mecs, Kings Of Leon. «J’écoute beaucoup de choses, mais mes racines sont clairement dans les années 1960.» Chanteuse politique, une sinécure en territoire non anglophone ? «En Europe, j’ai l’impression que les gens font un effort redoublé pour comprendre mes paroles, et du coup les comprennent mieux qu’aux Etats-Unis où l’écoute est moins intense. Je peux me tromper, mais je préfère le croire !» (Rire.)

Aux antipodes du hip-hop
Au terme des années 1980, deux «événements» ont revitalisé le protest song noir: le succès «pop» de Tracy Chapman, et l’implantation massive du rap dans la matrice MTV. Peu de pont entre les deux mondes, pourtant. Pire: Tracy réserve un chien de sa chienne à quelques rappers qui, dit-elle, pillèrent ses mélodies sans lui demander la permission. «On a beaucoup espéré du rap en oubliant souvent que l’ensemble de la musique afro-américaine est un art contestataire, du blues au funk en passant par la disco. Les chansons de Curtis Mayfield, de Marvin Gaye, de Stevie Wonder quand il écrivit Front Line… Au sommet d’une crête médiatique, le rap a ensuite surtout fait parler de lui pour ses dérives et ses caricatures.»

D’un cliché à l’autre, la chanteuse de 45?ans se situe aux antipodes de la rodomontade hip-hop. Plutôt la tenue de la randonneuse à djembé : sandales, pantalons baggy, débardeur en coton… le bon look pour Paléo! C’est pourtant le Montreux Jazz qui retient son attention, alors que B.B. King vient d’y donner concert. Souvenir ému. «J’ai eu la chance de rencontrer de grands artistes, mais B.B. King reste le plus marquant. C’était pour un album de duos (ndlr: Deuces Wild en 1997). On a enregistré The Thrill is Gone côte à côte, sur le même canapé. C’était incroyable car le solo de cette chanson est le premier que j’ai appris à jouer!»

Une dernière pensée involontairement amusante pour Michael Jackson («J’ai été moins surprise par sa mort que par le fait qu’il avait passé 50?ans!»); un ultime scoop sur Prince («Il possède un atelier de couture dans son studio, pour avoir son tailleur constamment sous la main !»). La guitare est avancée, le sound check aussi. Sûrement mais simplement, Tracy Chapman s’en va bricoler en artisane ses petits morceaux d’idéal.

Ce soir, Grande Scène, 21?h.

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My name is Aurélie, I'm French. I maintain this website because I love Tracy’s music and back in 2001, I found that the Internet was missing an exhaustive website with the latest news and some archives.