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Tracy
Chapman
"Pauvreté,
mort, injustice, violence, je ne veux passer sous silence
aucun sujet"
La
chanteuse américaine revient avec Where You Live,
un disque de ballades comme elle en a le secret.
Trois
ans de silence, c'est long, quand on aime Tracy Chapman.
Bien sûr, il y avait les compilations pour faire
patienter ses fans, mais tout de même. Aussi la
sortie de Where You Live peut-elle être considérée
comme un événement. Son nouvel album s'inscrit
tout à fait dans la lignée de ses anciennes
chansons: même dépouillement, mêmes
textes engagés, même rythmique. Une nouveauté
toutefois, pour l'occasion elle s'est adjoint les services
de Flea, le bassiste de Red Hot Chili Peppers. A 41
ans, la chanteuse de Cleveland (Ohio) semble bien dans
ses baskets, même si elle regrette de ne pouvoir
consacrer plus de temps à son entourage. A l'autre
bout du fil, depuis San Francisco, sa ville d'adoption,
elle parle volontiers du processus de création,
mais refuse d'être considérée comme
quelqu'un qui dispense des messages.
Pourquoi
avoir attendu si longtemps avant d'enregistrer un nouvel
album?
En
fait, j'ai passé toute une année en tournée,
j'étais sans arrêt sur les routes et je
ne pouvais donc pas me consacrer à l'écriture
d'un album. Toutefois, dès que j'avais un moment,
dès que l'inspiration venait, j'écrivais
une chanson. Au fil du temps, je les ai toutes réunies.
C'est pourquoi par exemple America et 3,000 Miles datent
de 2001, Change remonte à 2003, alors que d'autres
sommeillaient dans mes tiroirs depuis les années
80.
Dans
la chanson Change justement, vous demandez à
votre interlocuteur: "Qu'est-ce que tu changerais".
Et vous?
Je
fais partie de ces gens qui sont trop accaparés
par leur travail, j'aimerais donc pouvoir passer beaucoup
plus de temps avec ma famille et mes amis. J'en ai conscience,
mais avec un métier artistique, entre les tournées
et les enregistrements, il est difficile de garder l'équilibre
avec sa vie privée, mais j'y travaille, j'y travaille
Donc, en résumé, j'aimerais pouvoir dépenser
un peu moins d'énergie dans mon travail, pour
pouvoir en accorder plus à mon entourage.
Considérez-vous
3,000 Miles comme une chanson féministe?
Non,
c'est l'histoire de jeunes femmes confrontées
à la dureté de la vie urbaine et plus
particulièrement le récit de l'une d'entre
elles qui ne parvient pas à s'échapper
de sa situation, si ce n'est en imagination.
Dans
Love's Proof, l'héroïne passe son temps
à attendre l'amour. Cela vous est-il déjà
arrivé ou est-ce juste de la fiction?
Bien
entendu, des chansons comportent parfois des éléments
autobiographiques, mais pas dans ce cas-là. Souvent,
je me base sur ce que me racontent mes amis, mais pour
Love's Proof, il s'agit de pure fiction. Non, je ne
me demande pas si pourrais attendre longtemps pour un
amour, je ne me pose pas ce genre de questions quand
je suis dans un processus de fiction, de créativité.
Comment
vous décririez-vous? Pessimiste? Idéaliste?
Nostalgique?
Un
peu des trois à la fois, je suis complexe.
On
pourrait rajouter "mélancolique", car
vos chansons sont à nouveau plutôt tristes
En
fait, la majeure partie de la pop music parle d'amour
et de relations. Je pense que c'est la pression du marché
qui pousse les gens à écrire uniquement
sur ces thèmes. Je refuse de me limiter à
cela, car pour moi les chansons doivent refléter
tous les aspects de la vie: la pauvreté, la mort,
l'injustice, la violence, je ne veux pas ignorer, ni
passer sous silence ces sujets.
Essayez-vous
par la même occasion de faire passer des messages?
Absolument
pas! En aucun cas, je cherche à délivrer
un message, chacun a sa propre interprétation
d'une chanson ou d'une uvre et je ne contrôle
pas ce procédé, je n'en ai pas besoin.
Pourquoi
avoir enregistré votre disque à San Francisco?
Parce
que c'est la ville où je vis depuis dix-sept
ans. En revanche, nous avons mixé à Los
Angeles, là où travaille de préférence
mon co-producteur, Tchad Blake. Il a déjà
collaboré avec de nombreux artistes comme Peter
Gabriel, Pearl Jam et Suzanne Vega.
Qu'est-ce
qui vous intéresse dans le fait de produire Where
You Live? Est-ce une façon d'échapper
à la pression d'une maison de disques?
C'est
surtout que j'adore faire de la musique, mais dans son
ensemble. C'est pourquoi j'ai monté mon propre
studio d'enregistrement en ville. De plus, je suis fascinée
par toutes ces nouvelles technologies.
Vous
jouez de la clarinette sur cet album. Une nouveauté?
Absolument
pas, mais je ne sais pas pourquoi c'est la première
fois que tout le monde le remarque. En fait, je joue
de la clarinette depuis mon enfance et je l'ai souvent
utilisée sur mes disques précédents,
mais personne n'y faisait allusion.
patricia.martin@tv8.ch
www.about-tracy-chapman.net
Sur
la route
La
chanteuse américaine entame une tournée
mondiale à l'automne.
La
Suisse
Pendant
son école secondaire, Tracy Chapman a séjourné
un été dans notre pays dans le cadre d'un
programme d'échange entre étudiants, du
côté de Vuissens, pas très loin
d'Yverdon.
Le
CD
Ce
nouvel opus chapmanien, comme toujours intimiste, remarquablement
écrit et arrangé, se place dans la digne
lignée des précédents. Tout en
nuances, en "sérénité inquiète",
ses chansons ont la mélancolie des larmes qu'on
ne sèche jamais complètement.
Where
you live (Warner)
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