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TRACY CHAPMAN se
fait rare sur les scènes françaises. Jusque-là,
elle n'était venue que trois fois depuis 1988.
Ses concerts à guichets fermés ce soir
et demain, au Grand Rex, suivis d'une mini-tournée
française, prennent donc des allures d'événement.
Ils confirment aussi que Tracy Chapman a changé.
On se souvenait de son visage grave, celui d'une jeune
artiste avare de confidences, garçon manqué
au regard triste, arrivant avec sa seule guitare pour
« parler de la révolution ». Quinze
ans après, « Talkin'bout'revolution »,
son premier tube, reste un bijou inusable de folk enragé.
« Les grands
studios perfectionnés créent une distance
entre les
musiciens et la chanson »
Mais, désormais,
à 39 ans, c'est une Américaine souriante,
aux longues dreadlocks, qui se prête volontiers
au jeu des questions-réponses. Surtout quand
il s'agit de parler de sa musique et de son splendide
dernier album, « Let it rain », sorti en
octobre et vendu à près de 200 000 exemplaires
en France (*). Un disque, « plus intime, plus
naturel », selon ses propres termes, privilégiant
la sobriété de l'acoustique, aux productions
clinquantes. « Les grands studios perfectionnés
créent une distance entre les musiciens et la
chanson, explique-t-elle. Là, j'ai composé
ce disque à la maison, puis nous avons enregistré
dans un vieux studio qui n'a pas changé depuis
les années soixante-dix. Il n'y avait pas beaucoup
d'espace, c'était l'endroit idéal. »
« Je cherche
davantage le côté symbolique et poétique
des choses »
Tracy Chapman y
a trouvé ce qu'elle aime le plus, « la
musique qui révèle l'humanité,
où l'on entend la respiration du chanteur, le
frottement des cordes de guitare ». Dans cette
économie de moyens, c'est aussi la nudité
des textes qui frappent, beaucoup moins engagés
qu'autrefois. Une appréciation qu'elle rectifie,
là aussi, dans un sourire. « Je n'aime
pas le terme engagé. Je ne l'emploie jamais pour
parler de mes chansons. Pour moi, tout est lié
dans la vie : le quotidien, le social, le politique.
» Il n'empêche. Dans « Let it rain
», on peine à retrouver ces tranches de
vie de l'Amérique des sans-grade qui habitaient
ses premiers disques. « Avant, j'avais tendance
à raconter des histoires de manière très
précise. Maintenant, je cherche davantage le
côté symbolique et poétique des
choses. Ma façon de voir est différente
aujourd'hui. Pour moi, c'est une forme de maturité.
» La musique peut-elle changer le monde ? «
Non, conclut-elle, mais elle peut influencer notre façon
de penser. Ce sont les gens qui changent le monde. C'est
déjà ce que je pensais à 16 ans
quand j'ai écrit les paroles de Talkin'bout A
Revolution . »
Tracy Chapman en concert ce soir et demain à
20 h 30 au Grand Rex, 1, bd Poissonnière Paris
II e . Tél. 01.45.08.93.89. Places de 34 €
à 50 €.
Complet.
Et le 6 février à Lyon, le 7 à
Marseille, le 9 à Nice et le 22 à Strasbourg.
(*) « Let it rain » ressort le 11 février
avec en bonus un CD de 5 titres live (disques East West).
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