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FESTIVAL
DE MONTREUX Impossible de passer à côté
de Tracy Chapman cet été. Après
Montreux, elle sera à Paléo. Pour ceux
qui nont pas de billets, séance de rattrapage
au Blue Balls Festival de Lucerne pour deux soirs.
Tout
de suite, son vibrato intrigue. Ce je ne sais quoi de
fragilité et de fêlure. Toute son humanité
au son de sa voix. Le parcours musical de Tracy Chapman
ressemble à sy méprendre à
un scénario de film comme Hollywood les adore.
1988, le stade de Wembley fête Nelson Mandela.
Pour ses 70 ans tous les artistes dimportance
ont tenu à participer. Au milieu deux,
une encore parfaite inconnue, Tracy Chapman chante «Talkin
about a Revolution», seule avec sa guitare alors
que lépoque exigeait des enregistrements
hyperproduits.
Une chanson pour devenir une star
En
une chanson, la jeune fille de 24 ans devient une star.
Cest que le concert en lhonneur de Mandela
est retransmis sur toutes les chaînes de la planète.
La jeune femme originaire de Cleveland dans lOhio
vend 12 000 disques en deux jours. Les artistes, touchés
par sa simplicité, laccueillent immédiatement
dans leurs rangs. Trois mois plus tard, elle participe
à un roadshow de six semaines en faveur d'Amnesty
International aux côtés de Peter Gabriel,
Bruce Springsteen, Sting et Youssou N'Dour.
Ce dernier dans une interview se souvient: «On
était à São Paulo, au Brésil,
avec Peter et Sting, on passait en revue les artistes
qui pourraient nous rejoindre pour la tournée
d'Amnesty. Et on a pensé à Tracy. Elle
était encore peu connue, mais elle nous avait
vraiment épatés au cours du Mandela show.
A l'époque, il y avait beaucoup de musique technique
et arrangée, de synthétiseurs. Elle nous
avait réconciliés avec la simplicité.»
A léglise pour chanter le gospel
Travelling
arrière, Tracy Chapman est issue dune famille
monoparentale pauvre. De son père on ne saura
presque rien. Si on imagine quelle se met en scène
dans ses textes, une strophe de «Fast Car»
raconte: «Mon vieux a un problème, il vit
avec sa bouteille, il dit que son corps est trop âgé
pour travailler...» Les bons souvenirs viennent
de sa maman, les dimanches à léglise
pour chanter le gospel, la première guitare offerte
à 8 ans, un concert improvisé dans la
rue un soir de décembre pour gagner quelque argent
et recevoir un repas chaud... du pain bénit si
lon veut tourner un film. Le hasard aussi sen
mêle, un copain duniversité la présente
à son père producteur.
Un disque en découle. Et laventure de Tracy
pourra commencer.
Une
aventure qui force le respect. Jamais Tracy Chapman
ne sest laissé entraîner par les
sirènes de la gloire. Au fil de ses albums son
style sest dépouillé jusquà
«Where you live» en 2005, pour ne retenir
plus que lessentiel. Des mélodies qui ne
jouent jamais la prostitution, des arrangements où
la recherche de la sobriété reste lélément
moteur. Car derrière, ou plutôt devant
la musique de Tracy Chapman il y a le message qui ne
peut se complaire de la surproduction, sa révolte
contre linjustice, la guerre, le racisme, le combat
pour le droit à lhomosexualité,
des thèmes universels qui rendent ses chansons
intemporelles.
«America»,
lun des principaux titres de son dernier album
en est la preuve, martelé comme un chant guerrier:
«Tu parlais de paix mais tu as fait la guerre
pour conquérir l'Amérique, il y avait
des terres à prendre et des gens à tuer
pour conquérir l'Amérique, tu as servi
tes propres intérêts au nom de Dieu pour
conquérir l'Amérique, (...) nous sommes
malades, affamés et pauvres car tu cherches toujours
à conquérir l'Amérique...»
Musicalement
lartiste a aussi évolué, ne cherchant
pas à caresser forcément son auditeur
dans le sens du poil. Pour preuve son concert en décembre
au Hallenstadion de Zurich. On attendait une Tracy Chapman
enroulant ses tubes au fil du concert, peut-être
sans trop prendre de risque. Ce fut linverse,
soutenu par deux musiciens dexception, Joe Gore
à la guitare et aux claviers et Quinn à
une batterie percussive. Tracy avait osé se mettre
en danger en nutilisant pas la solidité
de la basse. Ses titres devenaient plus fragiles, sur
le fil du rasoir et nen avaient été
que plus beaux. Son guitariste aussi recherchait à
chaque instant à ne jamais jouer là où
on lattendait. Le ton avait même été
«noisy». Etonnant pour celle qui nous avait
habitués à des notes perlées, cristallines
et aussi fines que de la dentelle. Cest là
encore toute sa démarche dartiste, oser,
créer et stupéfier. On espère que
ce mercredi au sortir du concert de Tracy, le sentiment
sera identique.
Tracy
Chapman, Montreux Jazz Festival, mercredi 5 juillet
au Miles Davis Hall. Au Paléo Festival de Nyon
le vendredi 21 juillet. Au Blue Balls Festival, Lucerne,
27 et 28 juillet.
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