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«Quand
j'écris, ce n'est pas pour un disque en particulier
et selon un programme de sujets à aborder. Comme,
depuis des années, j'écris plus de chansons
que je n'en enregistre, c'est un processus compliqué
de choisir ce que je vais enregistrer et ce que je vais
laisser de côté. Par exemple, pour l'album
New Becoming, en 1994 ou 1995, j'ai enregistré
la chanson Give Me One Reason, que j'avais écrite
au lycée.» Tracy Chapman explique lentement.
Sur Where You Live, son nouvel album paru aujourd'hui,
la chanson America sonne tout à fait post-Irak
«You spoke of peace but waged a war»
(«vous parliez de paix et avez fait la guerre»).
Mais, sur le livret, la chanson porte mention d'un copyright
de 2001. «J'ai écrit cette chanson peu
après l'élection présidentielle
de 2000, des mois avant le 11 Septembre»,
précise-t-elle. America ne cadrait pas dans Let
It Rain, son album paru en 2002. Mais elle l'a incorporée
à son nouveau disque avec dix autres titres écrits
entre 2000 et 2005.
Cela n'en fait pas pour autant une chanteuse politique.
«Je ne me considère pas comme une «protest
singer». J'ai une curiosité intéressée
pour certaines choses dans le monde et, quand j'écris
des chansons, j'aborde parfois des sujets qui peuvent
être considérés comme politiques
ou sociaux, puisque ce n'est pas ce dont parlent les
chansons pop en général. Je me sens plus
proche de ce qu'on pourrait appeler une chanson populaire
traditionnelle, ce qui n'a pas forcément grand-chose
à voir avec la musique qui est sur le marché
aujourd'hui. Dans la country music, le blues, le r'n'b,
on a longtemps écrit sur tout, sur l'amour, la
mort, les relations humaines, le travail... Beaucoup
de ces thèmes, qui intéressent tous les
auteurs et compositeurs d'aujourd'hui, sont aujourd'hui
la meilleure garantie d'être exclu du marché.
Le business de la musique ne veut pas que l'on parle
d'autre chose que de relations amoureuses.»
Peut-être est-ce aussi pour cela la sereine
gravité, la précision émotionnelle
, qu'elle file une parfaite histoire d'amour avec
le public français, depuis Talkin' Bout A Revolution,
en 1988, qui l'a immédiatement consacrée
au sommet de son panthéon d'artistes américains,
et accueille tous ses albums avec ferveur. Where You
Live ne devrait pas faire exception à la règle.
Tracy Chapman fait en général appel à
un coproducteur pour ses albums. Pour Where You Live,
elle a invité Tchad Blake, producteur aux états
de service impeccables (Tom Waits, Elvis Costello, Suzanne
Vega, Paul McCartney, Crowded House). Il a emmené
quelques amis : son vieux complice le clavier Mitchell
Froom, le bassiste Flea de Red Hot Chili Peppers, le
batteur Quinn... Le disque y gagne des teintes plus
variées que d'habitude, une sorte de discrète
sophistication. La beauté de ses chansons y gagne
en ferveur, en imagination.
Tantôt enracinées dans l'actualité
de son pays, tantôt regards compassionnels sur
les solitudes et les souffrances de chacun, ses chansons
naviguent entre noblesse et humilité. Lorsqu'on
lui demande si ce qu'elle écrit est la meilleure
part d'elle-même, Tracy Chapman sourit. «J'écris
des chansons parce que j'aime la musique. Ecrire des
textes, écrire de la musique, les mettre ensemble,
fabriquer une histoire, c'est cela ma vocation. Je ne
pense pas que ce soit une offrande faite au monde. Je
les présente au public, bien sûr, mais
ce n'est pas un service actif, comme quelqu'un qui cherche
à soulager les souffrances de ce monde ou à
prendre soin de son prochain. Bien sûr, j'ai le
désir d'assister les autres et en cela ma vocation
ma vocation d'artiste m'aide à
faire des choses. J'utilise mon statut public pour attirer
l'attention sur diverses causes humanitaires ou sociales,
par exemple. Mais, in fine, je pense que le seul moyen
de faire de bonnes actions est justement
d'agir. Par exemple, l'année dernière,
j'ai participé avec des milliers de gens à
la randonnée San Francisco-Los Angeles à
vélo, au profit des malades du sida. Ça,
ça a du sens : prendre du temps, faire un effort
sur 600 miles, apporter une part des changements que
j'aimerais voir survenir.»
Tracy Chapman fait son sourire de nonne agnostique.
Elle refuse de se qualifier de chrétienne
une réelle audace aux Etats-Unis, aujourd'hui
mais évoque un souvenir de son lycée
épiscopalien. «Ils étaient très
ouverts, accueillaient des élèves de toutes
les confessions. Et ils avaient cette devise : «De
chacun, selon ses capacités ; à chacun,
selon ses besoins.» Je trouvais ça très
beau.» Curieusement, cela lui ressemble.
Tournée
: le 27 novembre à Lyon, le 30 à Dijon,
du 2 au 4 décembre à Paris (Olympia),
le 7 à Toulouse, le 12 à Lille, le 13
à Metz.
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