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Depuis
Talkin'Bout Revolution, paru en 1988, Tracy Chapman
n'a jamais déserté le terrain politique,
ni le territoire français où elle est
en tournée après la parution en septembre
de Where You Live, septième album studio en dix-sept
ans de carrière. Agée de 41 ans, cette
Afro-Américaine diplômée d'anthropologie
et d'études africaines de l'université
de Medford (Massachusetts) vit à San Francisco,
pour la beauté de la ville et de son environnement
"la baie, les montagnes, la mer, l'architecture
éclatée en villages. Et puis il fait chaud,
pour moi qui ai passé des hivers congelée
à Boston, c'est un avantage."
A quelques heures de son concert parisien à l'Olympia,
vendredi 2 décembre, la jeune femme, pionnière
des tournées d'Amnesty International, confie
ne pas s'imaginer sans guitare sèche, l'instrument
fétiche de la musique folk. "Jouer de la
guitare, écrire ses propres chansons, n'est pas
synonyme de folk. D'ailleurs faut-il attribuer une marque
à la musique ? Celle que l'on joue aujourd'hui
est un alliage de rock, de folk, de pop, de blues, etc.
Personnellement, je n'ai pas grandi avec la génération
du folk contestataire, Joan Baez, Bob Dylan ou Woodie
Guthrie. Mes parents, et la communauté afro-américaine,
écoutaient leur musique : du R & B, de la
soul, du gospel, Marvin Gaye, Aretha Franklin, Mahalia
Jackson, The Four Tops, du jazz. A la radio, j'ai entendu
du très mauvais rock des années 1970,
puis du disco bien sûr. J'ai découvert
la musique acoustique à seize ans, quand, boursière,
je suis partie étudier dans le Connecticut. Là
j'ai écouté Neil Young, Joni Mitchell,
Bob Dylan."
Tracy
Chapman, jean impeccable, boots, chemisier, cheveux
en cascade, a le regard singulièrement concentré.
Au fil des mots, elle revendique le droit à être
entière. Sans compartiments. C'est donc aux organisations
de défense des droits de l'homme que va sa préférence,
parce que le front est large.
SE BATTRE POUR LA LIBERTÉ
Quand d'autres militent pour les gays, les Noirs, les
femmes, elle s'attache aux principes : se battre pour
la liberté, pour l'équité, contre
l'exclusion des plus démunis. "Il n'y a
pas de séparation entre la vie politique, culturelle,
personnelle, tout est en relation. Ce qui m'intéresse,
c'est comment le monde s'organise à travers un
individu, quel lien il tisse avec sa communauté.
A l'origine, la musique populaire le folk, le
blues, la chanson européenne décrivait
tous les aspects de la vie, l'amour, la mort, le travail,
Dieu, la nature. Le marché, l'obligation de vente
a gommé le potentiel de la chanson "sérieuse"
la musique country a parfois conservé
ce sens de la chronique sociale."
Tracy
Chapman écrit donc des chansons d'amour et de
politique, dans un certain désordre chronologique,
comme en témoigne Where You Live, conçu
entre 2001 et 2005 en chevauchement avec Let
It Rain (2002). De 3 000 Miles, description de la dangerosité
d'un monde de brutes où la femme est une cible,
à America ("Le fantôme de Christophe
Colomb hante ce monde/... Nous sommes malades et fatigués,
affamés et pauvres/par ce que tu continues à
conquérir de l'Amérique"), l'Américaine
aux airs juvéniles part en guerre contre le "bushisme"
ambiant.
"J'ai
écrit America en 2000, après l'élection
de George Bush contre Al Gore, marquée par tant
d'irrégularités ! En particulier en Floride,
dont le frère de George Bush était le
gouverneur. La Cour suprême des Etats-Unis n'a
pas permis que les votes, en majorité afro-américains,
soient recomptés et a donc choisi Bush comme
président. Cela a été un moment
de grande démoralisation aux Etats-Unis. Avec
sa cohorte de vieux, de pauvres perdus devant leurs
bulletins de vote et les machines à voter, cette
élection a montré le fossé qui
sépare l'idéal de l'Amérique, lieu
de la démocratie, des opportunités, des
secondes chances, et sa réalité."
Ensuite,
elle parle de l'Afrique ("J'y suis allée
plusieurs fois, au Sénégal, au Burkina
Faso, au Zimbabwe, en Afrique du Sud, mes ancêtres
me relient à ce continent"), de Nina Simone,
jamais croisée. Et de Rosa Parks (1913-2005),
exemple d'un individu solitaire qui a changé
le cours de l'histoire. "Elle avait eu ce geste
incroyable de refuser de céder sa place de bus
aux Blancs, comme l'exigeait la loi dans l'Alabama en
1955." Elle devint un symbole antiségrégationniste
et ouvrit la voix au Mouvement des droits civiques mené
par Martin Luther King. "Aujourd'hui, dans un monde
global, interdépendant, en réseau, avec
la téléphonie, le Net, nous avons de grandes
responsabilités les uns par rapport aux autres",
dit Tracy Chapman (www.about-tracy-chapman.net).
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